Le compte-rendu ci dessous est un document/mail fait à l'époque. Il est très descriptif et expressif. J'ai souhaité le garder tel quel afin d'en garder l'émotion ressentie à l'époque. Je n'ai malheureusement pas pu tenir ma promesse (les aléas de la vie dirons nous !!) d'y retourner. Un jour, peut-être.

 

 

 

Antecume Pata - Voyage en Terre Amérindienne - Guyane le 8 Novembre 2003

Mission conjointe de dépistage et de traitement
de la tuberculose à Antecume Pata, Guyane Française

 

 

a

 

 Tout d'abord je m'explique sur le titre !! j'ai eu l'occasion d'aller en terre amérindienne lors d'une mission sanitaire de 4 jours, du lundi 20/10 au jeudi 23/10 !! le village se nomme Antecume Pata et se trouve au sud-ouest de la guyane sur une partie du territoire guyanais qui est appelé "zone interdite" (voir carte - Depuis 1970, le tiers sud de la Guyane (30 000 km2) est réservé à ses habitants autochtones: les amérindiens Wayampi et Téko (villages du fleuve Oyapock, à lEst) et les amérindiens Wayana (villages des fleuves Maroni, Tampoc et Marouini, à l'Ouest) .Il est interdit aux touristes de s'y rendre. Cette mesure a été prise car des entreprises touristiques (Club-Méditerranée surtout) profitaient de la suppression, le 17 mars 1969, des 80 000 km2 du "Territoire de l'Inini" pour organiser des visites dans les villages Wayana.) !! en effet, pour s'y rendre, vous devez obligatoirement (officiellement du moins car dans la réalité...) avoir une autorisation préfectorale !!  bref tout ceci a été mis en place afin de protéger cette zone et donc ces habitants, les Amérindiens, premiers habitants de la guyane, on l'oublierait presque !! le rêve de chaque "métro" qui passe en guyane en fait, se retrouver immergé dans la population amérindienne !! mais pour mon boulot, le top !! et sans "gêner" la population !! j'ai donc découvert le milieu amérindien chez les Wayana !!

 


Appartenance linguistique

Arawak

Karib

Tupi-Guarani

côte (littoral)

Arawak (Lokono)
Palikur (Palikuyene)

Galibi (Tilewuyu)

-

Intérieur (fleuves)

-

Wayana

Emerillon (Teko)
Wayampi

en vert, les 6 ethnies amérindiennes localisées en guyane française

 

Dernièrement donc quelques cas de tuberculose (c'est assez courant en guyane) ont été évasanés (évacués) sur l'hopital de cayenne, cas venant d'Antecume Pata et des petits villages alentours !! la population étant d'environ 250 personnes sur le seul village d'Antecume Pata, la DSDS (ancienne DDAS) a estimé qu'il y avait quelques doutes sur l'éventualité d'une épidémie !!  elle a donc mis en place une mission conjointe de dépistage et de traitement de la tuberculose dans le village !!
en effet, ne pouvant faire pratiquer tous les examens nécessaires à cayenne (vous vous voyez déplacer 250 personnes du milieu de la foret jusqu'à cayenne, les seuls moyens de transport étant soit la pirogue+l'avion, soit l'hélico de l'armée !! en effet seul le littoral ,de St Laurent du Maroni jusqu'à St George de l'Oyapock, dispose d'un réseau routier, le reste : rien !!) la DSDS a donc décidé d'envoyer le personnel médical et para-médical nécessaire sur place !!

  
    le mobile          -                le mobile prenant l'air, on l'avait solidement amarré

voilà donc comment je me suis retrouvé embarqué dans l'histoire (avec plaisir d'ailleurs !!) !! en effet, pour faire le diagnostic de la tuberculose ainsi que son dégré, un des examens nécessaires est la radiographie des poumons !! donc qui dit radio, dit matériel lourd et donc armée !!
résultat : rien que pour les radios, on a réquisitionné un Puma de l'armée pour acheminer près de 400kgs de matériel !! L’appareil mobile faisant deja plus de 220 kgs (et on avait pris le plus léger !!), le reste étant la petite développeuse (que j'utilise dans la salle radio à la prison de Cayenne), un paravent plombé, les produits (révélateur+fixateur), les k7, les films et j'en passe !!

 

  
l'armée mettant le matériel dans le Puma                               José, un pilote et moi, prêts à partir


appareil mobile couché sur le flanc, il ne rentrait pas en hauteur


 

je suis donc parti avec José Pinson de Médicaraïbes, pour d’éventuelles pannes, avec l'hélico de l'armée alors que le reste de la mission (3 médecins donc un surinamien-un village amérindien se trouvant sur la cote du Surinam- ,une infirmière, un laborantin de l'institut Pasteur et 2 autres mecs qui servaient à rien mais qu'étaient là !!) est arrivé en avion jusqu'à Maripasoula  puis en pirogue jusqu'à Antecume Pata (2h30 de pirogue) !!  l'hélico était le mieux !! surtout vu d'en haut, la foret amazonienne est splendide !!

 

     
 Vues sur le Maroni


l'hélico qui repart du village

 

Je passe sur les détails du transport de matériel (de l'hopital jusqu'à l'aéroport le lundi matin à 6h, oups !!) et nous voilà arrivant sur Antecume Pata vers 12h30 après 1h15 d'hélico !! une aire de paradis en plein milieu de la foret entourée de rivières, le pilote en profite pour faire 2 ou 3 rondes au dessus, on "mitraille" !! magnifique !!

  
    Antecume Pata, c'est en fait une île


 le dôme au milieu, c'est le Tukusipan, lieu de réunion entre autres

Accueil parfait, les enfants ont quitté les salles de classe pour nous accueillir, faut dire qu'avec le bruit de l'hélico, y a pas grand chose à faire !! le "chef" (il est en fait plus un responsable qu'un chef) arrive et premier choc (le mot est peut-etre un peu fort), c'est un blanc !! bon je le savais mais ça fait bizarre de voir André (André Cognat, a écrit 2 livres sur son aventure) arriver en Kalimbé !! sorte de pagne fait d'un morceau de tissu rouge tenant avec une ficelle, pratique, léger et curieux  !!

 

     
Enfants en kalimbé                                                                     Le  Tukusipan    


Habitation ancienne, les récentes sont de vraies maisons en bois

on débarque le matériel et on le range dans deux salles prévus par André pour les radios (une pour faire les clichés et une pour développer, complétement hermétique à la lumière bien sûr) !! je suis assez surpris d'avoir de vrais locaux pour faire les radios !! il y a même du carrelage dans une des pièces !! on installe le tout avec José et en attendant le reste de l'équipe qui est sur le fleuve, on va à la découverte du village !!

    
Salle de prise de cliché avec le mobile, le paravent plombé et le porte-k7 au mur          -          la développeuse   


moi en train d'installer une jeune wayana

 

On devait donc être accueilli par le reste de la mission (ils devaient être là depuis la veille en fait, dimanche soir) mais ils sont restés bloqués à Maripasoula car une partie de leur matériel n'étant pas arrivé avec l'avion, ils l'attendaient ce jour, ils arriveront donc plus tard dans l'après-midi, à 16h30 en fait (faut compter 2h30 de pirogue, de Maripasoula à Antecume Pata, à cette époque de l'année car le fleuve est très bas) !! on en profite un peu pour découvrir le village avec José et on s'aperçoit rapidement grace aux explications éclairées d'André que le village est très bien organisé et surtout développé, mais juste ce qu'il faut !! en effet, André est arrivé en 1961 en guyane et a créé (eh ouai !!) le village d'Antecume Pata de ses propres mains en 1967 !! personnage très attachant capable de parler de tout sur tout sans voir le temps passer !! à noter également qu'il parle couramment et même parfaitement la langue Karib, celle des Wayana !!

Nous sommes donc étonnés de voir autant de "vraies" maisons en bois !! en effet le village fonctionne comme une commune associative, système organisé et maitrisé par André !! pour péréniser le village, seuls les fonds manquent malheureusement !! en effet, André a acheté grâce aux premiers fonds récoltés il ya quelques années, du matériel comme une scie industrielle capable de réaliser des planches, entre autres !! eh oui, il ya de l'électricité !! ça, c'est très pratique !! et c'est la seconde surprise !! ils ont donc également 3 groupes logés dans une belle cabane en bois, pas une trace de graisse !! du beau boulot !! cela leur permet donc d'avoir de l'électricité toute la journée de 8h jusqu'à environ 22h voir 22h30 pour permettre aux villageois de faire leurs activités secondaires, les premières étant la chasse, la pêche et l'agriculture !! le village n'a malheureusement qu'une autonomie restreinte, d'environ 10 mois en essence m'a-t-il dit (il ne sait pas comment s'en sortir pour la fin de l'année 2004 car les fonds de l'association sont au plus bas, le village en dépend, très inquiètant, et pas uniquement pour l'essence mais pour tout, à commencer par le personnel qu'il emploie au dispensaire, 3 personnes) !! mais cela n'est pas ressenti comme une réelle nécessité, ils pourraient très bien s'en passer si cela venait à être en panne, seuls quelques appareils seraient en "panne" !! matériel du dispensaire, frigo !! etc ..!!! mais pas sur une trop grande durée car l'habitude de l'électricité a rendu celle-ci indispensable  !! il y a également quelques "blancs" !! on va de surprise en surprise !! en effet il ya 3 classes, les 2 premières (primaires) sont dirigées par 2 instits de l'éducation nationale et la dernière appelée "collège-lycée" appartient en fait à l'association YEPE (association du village) et est encadrée par une instit  (également de l'éducation nationale) ayant un accord tacite avec l'association YEPE dirigée par André et fonctionnant avec le CNED (enseignement à distance), très astucieux !! cela permet aux enfants de suivre une scolarité à peu près équivalente aux autres jusqu'au lycée (collège essentiellement après cela devient trop difficile pour ces enfants, aucun n'a d'ailleurs reçu jusqu'à ce jour le bac par exemple) !!

 

pour info :

Association YEPE
Collège d'Antecume Pata
Antecume Pata
97370 MARIPASOULA
Guyane Française

 

   
enfants d'Antecume Pata et leur journal distribué dans les écoles du département

Donc André a créé le village en 1967 et l'a développé !! pour avoir vu quelques photos de l'époque, c'est impressionnant !! il s'est marié (le mariage n'existe pas comme chez nous, il est "officieux", ya pas de bague ni d'union officielle, chacun gardant son nom, etc..) avec une amérindienne Wayana (une des 6 ethnies) du nord du brésil !! et c'est un de leurs problèmes car les amérindiens ne sont pas des Français, des Brésiliens ou des Surinamiens mais simplement des amérindiens, ils n'ont tout simplement pas de frontière et c'est un de leur principal problème depuis des années, faire reconnaitre leur peuple et leur territoire !! Par exemple, sa femme n'est que résidente et non guyanaise (problème de papiers quand ils vont sur cayenne par exemple, pas de passeport français également pour sa femme) !! incohérent et incroyable !! en effet l'ethnie Wayana s'étend par exemple sur 3 pays, Brésil, France et Surinam !! rien à rajouter !!

 

   
André avec quelques membres de la mission et le dispensaire dont il s'occupe !!

 

extrait d'un récit sur les "blancs" indiens, parlant d'André entre autres, qui le résume bien (auteur inconnu) :
" Il ( à propos d'André) s'est installé dans la forêt amazonienne ;
il a épousé une indienne, il a changé de nom (oui et non) et il est membre à part entière de la tribu.
 Il n'en est pas le chef ni ne semble jouer le rôle d'un leader au sens strict.
 Il organise pourtant la protection sanitaire de sa nouvelle parenté
et aide sa tribu à conquérir de nouvelles techniques sans y perdre sa personnalité.
Par son action, il acquiert respect et reconnaissance de la part des Indiens avec lesquels il vit et
 devient une personnalité incontournable de la minorité. Cette situation n'est pas celle d'un leader,
mais le moindre conflit un peu important par lequel André Cognat se sentirait personnellement impliqué et
obligé de diriger une action hors du commun le projetterait probablement dans ce rôle. "


 

Le soir du lundi, l'équipe de la DSDS arrive enfin au village et je peux enfin commencer mon travail !! il est prévu au début de faire environ 65 à 70 radios pulmonaires au total, sur toute la mission, à 7 villages en fait (Antecume Pata, Pidima, Twenke/Taluwen, Kumakapan, Alatalipo, Kuwepipan et Anapaike, le village surinamien) !! je fais 5 clichés en 40mn pour me familiariser au contexte mais on rencontre quelques petits problèmes qui m'arrêtent dans ma tache !! en effet le mobile bourdonne et la développeuse me donne des "coups de jus" énormes !! Pour combler le tout, le centreur lumineux grille (pas prévu) !! je suis condamné à faire les radios "au piff", sans centreur lumineux donc !!  José s'attele à la vérification du matos et des prises électriques des salles !! résultat : le groupe électrogène du village délivre du 280 volt avec des pointes à 290 !!  J'arrête donc pour ce soir et José travaillera sur la machine jusqu'à tard dans la soirée car elle n'est plus capable d'assurer son rendement, on se couchera très inquièt quant à la suite du programme pour le mardi !! un bon repas (pas local, je précise) et au dodo à 22h, tous crevés !! Boules Quiès et moustiquaires étant les bons remèdes à une bonne nuit en foret (pour moi) !!

 

  
arrivée du reste de l'équipe, notre humble et très confortable demeure, nous on dormait en haut, nos deux hamacs !!

   
 et on mangeait en bas !!  à 20m du boulot, qui dit mieux ?


 

Mardi matin, réveil en douceur vers 7h30 et hop à la douche !! euh je veux dire à la rivière !! eh oui on fait ses besoins et on se lave dans la rivière (mais pas au même endroit !!), c'est juste une question d'habitude  !! c'est très agréable, l'eau est très bonne et claire, et calé entre deux rochers, on sent l'eau fouetter le dos, ça réveille bien !! un bon petit moment de bonheur pour tous !! vraiment !!

    
moi avec un peu de mousse                   -             des villageois à la toilette également 


et un petit saut


 

Malheureusement la réalité nous rattrape et on s'active afin d'essayer de remettre nos machines en route !! Heureusement José est sur la machine depuis 7h30 et je peux reprendre l’activité vers 9h avec l'aide d'Aikuwale (Aiku pour les intimes), mon interprète et mon secrétaire personnel, une bonne partie de la population ne parle pas ou peu français !! c'est une grande chance de l'avoir et je vais passer presque 3j en sa compagnie au boulot mais aussi en dehors, on a bien sympathisé et semble particulièrement m'apprécier,cool c'est réciproque !! Je decide donc de passer la vitesse supérieure et de sacrifier la totalité de la journée au travail (on en fait le maximum pour avoir du temps plus tard, bonne stratégie en fait), je m'organise en fait comme je veux !! de plus, tous les villages au alentour sont bien venus, il faut donc satisfaire tout le monde rapidement dans la journée (la chasse ou la pêche n'attendent pas !!) !! Résultat : je réalise près de 90 radios ( au début c'était 70 pour 4 jours !!) dans la journée avec des bons horaires, 9h à 12h30 puis de 13h30 à 16h et enfin de 16h30 à 19h15 environ !! cela nous donne donc 90 radios en 9h environ, 10 radios à l'heure, on est  assez content !! je sais deja que le plus gros est fait !! je suis très fatigué et je n'ai qu'une envie, le hamac !!
je vais me laver à la torche (bah ouai il fait nuit !!) puis je mange et hop au dodo !! sacrée journée !! je pense avoir fait le plus dur, il semble qu'il reste environ 25 radios (ça gonfle) !! couché donc avant 22h, ça va ronfler !!
  

Français

Amérindien

Gonflez les poumons

Woi kanmak

Bloquez (stoppez, arrêtez de respirer)

Maka (woi kala ëtïkë)

Respirez

Woi kaikë

Ne bougez pas

Tën kaikë

Ton nom

Ënïk man ëwehet

quelques mots donnés par Aiku pour me faire comprendre, très utile, mais alors l'expression !! c'est pas encore ça !!

 

    
mon bureau        -      Aiku (en blanc) et moi en action    

 


et la salle d'attente


 

Mercredi matin, on reprend les mêmes et on recommence !! Après la rivière (j'y serai bien resté), Aiku me rejoint vers 9h et on repart sur les mêmes bases !! Entre temps, le médecin (de la DSDS) responsable de la mission, Pierre Huguet, très sympa,  nous annonce qu'il y aura en fait 60 radios ce jour !! je l'avoue, je suis un peu dégouté, je pensais avoir mon après-midi mais bon, je suis surtout là pour le travail donc on se lance !! Heureusement les amérindiens se connaissent tous et Aiku me précise qu'il sait deja que tout le monde ne viendra pas car pas de mal de personnes sont partis à la chasse ou à la pêche et cela pour 2 ou 3 jours !! c'est comme cela chez eux !! ils partent plusieurs jours sur le fleuve ou en foret !!
le moral remonte et on travaille jusqu'à 12h en réalisant 25 radios environ !! normalement d'après Aiku il n'y aurait plus personne mais on attend peut-être des gens de villages voisins !! On ferme la boutique, on verra dans l'après-midi !!
Aiku m'invite alors à aller en face au "Surinam" pour boire du cachiri (boisson locale), on va à l'autre bout de l'ile (5mn), on prend une petite pirogue et après 10 coups de pagaie, on arrive au "surinam" (voir photo) sans controle, sans visa dixit Aiku, très heureux de sa blague  !! on arrive alors chez une famille qui s'est déplacée il ya 2 mois pour pouvoir s'agrandir !! ils ont cramé une bonne parcelle de foret pour y construire les carbets (habitations, mot général en guyane) !! un des membres de la famille nous offre donc du cachiri !! très spécial, boisson légèrement alcoolisé comme la bière à base de manioc !! attention c'est plutot du genre acide !! j'ai même l'honneur d'en gouter 3 différents, un "normal", un "pur" et un à la patate douce (plutot sucré) !! je reste sur celui normal et on se doit de le finir mais en prenant son temps !! on discute et le temps passe, on n'a toujours pas mangé mais le cachiri semble combler ce besoin !! on se décide à bouger sur les coups de 14h30, quand même, pour aller aux nouvelles !!

 

      
moi essayant de finir mon cachiri (pas facile !!)                  Aiku et sa fille Lori    

 

   
petit bras de rivière traversé pour aller au "surinam" (toit rouge sur la photo, le terrain de foot étant sur Antecume Pata même)

 


On revient donc sur Antecume Pata et je retrouve le reste de l'équipe au café !! On a tout zappé mais vécu un moment super sympa avec Aiku !! je grignotte 2 ou 3 bricoles et c'est officiel, plus de radios, c'est fini pour moi, juste 2 ou 3 radios à faire plus tard pour les piroguiers Boni venus avec le reste de l'équipe (des Neg Marrons, descendants d'esclaves, très présents sur le maroni entre St Laurent du Maroni et Maripasoula) donc autant dire rien !! le total est donc d'environ 130 radios !! Aiku m'invite donc à aller chez lui pour se prélasser à la rivière !! quelle bonne idée !! on passe donc une bonne partie de l'après-midi à discuter tranquille assis sur un rocher avec de l'eau à mi-hauteur accompagné de ses enfants (2), de son neveu et de sa femme Yakapin, discrète et adorable !! j'apprends énormement de choses sur leur culture et leur mode de vie, il semble très ouvert et me donne toute sa confiance, je le "harcèle" de questions !! Aiku décide de nous emmener faire un tour en pirogue, je vais chercher quelques affaires rapidement au carbet et j'en profite pour aller chercher José très heureux de l'occasion !! il nous emmène chez sa mère adoptive sur une autre rive, pas sur l'ile d'Antecume Pata (en fait il est d'un village voisin un peu plus loin, quand il s'est mis avec Yakapin d'Antecume Pata, c'est une autre femme (mère) qui s'est occupé de lui ; pas simple à expliquer) et on découvre quelques moments privilègiés de leur vie, préparation des cassaves (sorte de galette équivalente au pain chez nous), fabrication de fil de coton pour les hamacs et autres, fabrication d'une lance à poisson par son beau-père adoptif, etc... !! intense et inoubliable !! le soleil se couche, on rentre sur Antecume Pata à travers les sauts (rochers) en s'arrêtant une dernière fois boire un peu de cachiri, pour José !!

  

   
un art qui a l'air si simple - petite boulette de coton deviendra hamac - très impressionnant

      
j'ai été très ému, si simple, si souriant, si touchant, d'une telle gentillesse, ne parlant pas un mot de français, le premier habitant de la Guyane sous nos yeux, en train de fabriquer ce qui lui sert à vivre, une lance pour la pêche, ingénieux et habile 

 


leur habitat à l'origine, réduit au nécessaire


 

 
la ballade en pirogue


et la "cure" de cachiri qui continue

 

 

  
pour faire une cassave ("ulu" en amérindien et élément de base de l'alimentation wayana),
 on épluche les tubercules de manioc, on le râpe (à la machine maintenant !!)

 

     
 la pâte récupérée est introduite dans ce long fourreau tressé appelé couleuvre ("tïnkï) pour récupérer le jus,
 on en sort des pains de manioc

 
puis on le tamise à l'aide d'un manaré ("manale") pour obtenir une farine sans imperfection

 
on la cuit sur une plaque puis on la fait sécher au soleil, on peut la consommer plus tard, c'est l'équivalent du pain chez nous


 

une magnifique journée se termine !! José et moi devons repartir le lendemain, Aiku nous invite alors le soir à manger chez lui !! Manger local, super idée !!  on a passé une courte mais sympathique soirée nous montrant les livres d'André qu'il s'est procuré ainsi que quelques musiques amérindiennes qu'il a lui même enregistré lors de passages éclairs sur cayenne !! il est d'ailleurs un des 3 aides d'André au dispensaire, il essaye de passer son diplome d'aide-soignant avec l'aide d'un médecin du samu sur cayenne mais le niveau est très élevé pour lui !! il s'accroche en espèrant l'avoir au moins en 2 ans !! on a donc eu droit à de la viande écrasée !! pas par une voiture einh, non c'est de la viande hachée en fait, du Maïpouri haché, hyper bon, on connaissait deja mais sympa dans le cadre !! le tout accompagné de riz et de couac !! j'en profite pour faire une photo souvenir et lui, de son côté, m'offre une lance guerrière amérindienne, je suis super touché !! on se dit au lendemain pour le départ !!

 

     
souvenir de la ballade, maison d'Aiku et Yakapin, ils dorment dans la grande, le petit carbet servant de cuisine et de salon en fait 


photo du diner avec José, Yakapin, Aiku et moi


lance courte, de combat rapproché, avec des plumes de perroquet  - les dessins symbolisent l'anaconda, le "dieu" de la rivière


 

On passe donc la dernière nuit et au matin du jeudi, le rituel devenu incontournable, la rivière !! Toute l'équipe y est devenu accro, tellement plaisant !! je fais rapidement les radios aux piroguiers et on démonte le matériel, il ne reste plus qu'à attendre le Puma !! il arrive vers 9h30, on entasse le tout dans son ventre et les pilotes vont se promener un peu, on en profite pour échanger nos dernières impressions, faire une photo de groupe devant le Tukusipan et Aiku me propose de revenir quand je veux en passant directement par lui (sans passer par la case préfecture si vous voulez, il n'y aura aucun problème), je suis ravi et j'y retournerai avec plaisir juste pour quelques jours de détente  !!
on s'éternise et le pilotes décident d'y aller, on embarque avec José et on dit au revoir au village, à André, à Maëlle (l'instit du collège-lycée très sympathique) et bien entendu à Aiku et sa petite Lori !!
On décolle, direction Maripasoula pour faire le plein d'essence puis Cayenne, et enfin retour à l'hopital pour ramener le matériel  !! très heureux de retrouver la maison mais aussi très marqué par mon séjour !!

 

     
le matériel prêt à partir  -  la salle "collège-lycée" avec le reste de l'équipe devant qui partira le lendemain  

 
photo de groupe en souvenir

 
dernière pose !!  -  enfants très interessés par l'hélico

 

    
fleuve dans la foret guyanaise   -   base aérienne à Cayenne


quelques photos annexes :

 
un Jacquot et un petit Ara (grande queue)


un Maluwana (ciel de case, sert traditionnellement à orner le Tukusipan
 avec des motifs appartenant à la faune et à la mythologie wayana)

 


dessin représentant parfaitement la vie des amérindiens
 à quelques modernités près maintenant comme l'électricité !!


1 - maison d'Aiku ; 2 - notre carbet ; 3 - lieu de travail (radio) ; 4 - le tukusipan ; 5 - le dispensaire

    

Pour finir, une réflexion personnelle, comment quelques jours peuvent vous réconcilier avec beaucoup de choses !! Je suis très satisfait (le mot est faible !!) du séjour, d'avoir pu aider la population (même si pour beaucoup d'entre eux, ce n'était qu'un "blanc" de passage) et d'avoir pu exercer mon métier dans de bonnes conditions avec un tel cadre, c'est pas tous les jours qu'on va faire des radios en foret !! Je retournerai à Antecume Pata car je l'ai promis à Aiku et juste pour se laisser vivre aux rythmes de la chasse, de la pêche, de l'abattis (parcelle de terre cultivée) et de la rivière !! sans pollutions diverses et variées (malheureusement le mercure des sites d'orpaillages clandestins a fait deja fait du mal) !!
Pour conclure (j'aurais tellement de choses à raconter et encore, j'ai limité les photos !!), après quelques voyages ces dernières années, j'ai découvert un réel petit endroit de paradis, surtout préservé grâce à l'énergie d'un homme, André Cognat (il ne veut pas entendre parler d'alcool ou de cigarettes par exemple, et ça change tout)

@rno+